La boite à bulles - librairie de bandes dessinées
   
WILD Nicolas
   
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  Né en 1977, Nicolas Wild est un ancien élève du célèbre atelier d’illustration des Arts Décos de Strasbourg.
Ce fils de pasteur, alsacien d’origine, avait été l’initiateur et le co-scénariste du Voeu de Marc, avec Boulet et Lucie Albon (même éditeur) : un album tout public tendre et déjanté où se ressentait déjà son humour grinçant mais sans méchanceté. Cet humour avait déjà fait précédemment mouche dans une série de strips publiée aux Oiseaux de passage : Le Bourreau.

Avec Kaboul Disco, Nicolas a marqué les esprits de quelques milliers de lecteurs et de la presse. Le tome 3 suivra rapidement après ce superbe intermède iranien. Loin du personnage de naïf de ses ouvrages, Nicolas est devenu un vrai globe-trotter aux multiples relations et points de chute en Asie Centrale.
 
 
Liens de l'auteur


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> Interview de Nicolas sur Expressbd

> Nicolas sur France 3 Alsace (à 10'05)

> Interview de Nicolas dans l'émission Easy Rider #1182

> Interview de Nicolas sur RFI

> Interview par Léa Baron sur TV5 Monde (le web)

> Dédicace de Nicolas Wild pour 20 minutes


Coup de coeur de l'auteur

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> Le Voeu de...
> Kaboul Disco T.1
> Kaboul Disco T.2
> Ainsi se tut Zarathoustra




Images bonus


copyright Chlo Vollmer

Revue de presse
 
Le Quotidien (Luxembourg) par

Comme à chaque fois qu'on se retrouve face à une oeuvre biographique, on se demande quelle est la part de réalité et de fiction. Qu'en est-il pour ce Kaboul disco ?
En fait, je n'ai jamais été en Afghanistan; tout est faux! (rires)... Plus sérieusement, tout est vrai. J'ai effectivement été à Kaboul pendant deux ans et, dans l'ensemble, tous les événements sont réels. Après, ce qui tient de la fiction, c'est plus les dialogues, ou certains personnages dont j'ai un peu modifié le caractère. Disons, que j'ai un peu romancé le tout pour rendre le récit plus agréable et plus drôle.

Dans ce deuxième tome, vous racontez que l'envie de faire cette BD est venue en décembre 2005, lors d'un voyage en France. Comment vous avez fait pour vous rappeler tout ça avec autant de détails?
Avant même de penser à faire une BD j'ai fait un blog où je racontais mon quotidien sous forme de textes, de BD ou d'autres images. J'avais donc déjà une mémoire écrite des événements. Quand j'ai décidé de faire cette BD, j'ai repris le tout. Ça m'a servi de base de travail.

Il y a aussi des événements qui sont arrivées à certains de vos collègues et vous prêtez même des pensées aux autres personnages. Comment avez-vous procédé? Vous en parliez avec eux?
Non, mais j'ai quand-même vécu deux ans quasiment en huis clos avec les mêmes personnes. À un moment on commence à se connaître tellement bien qu'on peut deviner les pensées des uns et des autres. Après, tout était dans le blog. Je leur ai montré. Plus tard je leur ai aussi montré la BD et, dans l'ensemble, ça leur a bien plu.

Pourtant, tout le monde s'en prend, gentiment, plein la gueule.
Oui... bon, enfin... c'est bien, je trouve! Je voulais éviter les clichés des agents d'ONG qui sont tous gentils et qui sont tous là pour sauver le monde. Je voulais proposer un tableau un peu plus réaliste, il s'agit de gens comme tout le monde. En plus, je n'ai pas mis dans la BD tous les gens que j'ai rencontré - ça aurait été impossible - j'ai privilégié tous ceux qui pouvaient devenir des personnages- icônes. Car chacun a un rôle à jouer dans le récit.

Il y a tout de même des personnages qui prennent de la coke, qui parlent d'aller aux putes...
Oui, la vie est comme ça. Non? En même temps... moi, ça ne me choque pas. Et puis tout le monde a pris ça avec humour. Cette phrase où Diego dit, au sujet de Felipe qu'ils "sniffaient de la coke sur le téton des putes de Buenos Aires en rentrant du collège", il ne l'a pas prononcée. C'est une façon de résumer le fait qu'il ont fait plein de choses ensemble dans le passé. Par contre, quand, au moment des émeutes, on se retrouve dans la maison voisine qui est vide et que Felipe dit quelque chose comme "on pourrait en faire un bar à putes", c'est tout à fait dans le personnage de Felipe. Ses phrases sont presque toutes telles qu'il a vraiment dites. D'ailleurs, j'ai rapidement commencé à les noter.

Alors, si on devait donner un pourcentage entre réalité et fiction, lequel serait-il?
Euhhhh... (il réfléchit... longtemps)... disons 80 % de réalité, 20 % de fiction.

Quel retour avez-vous reçu du premier tome?
Tout s'est bien passé. Bonne presse et bon accueil public, bonnes ventes. Je suis donc très content. On a imprimé en tout 8 500 exemplaires du tome 1, par tranches de 2 000. Ce qui est bien c'est que ça a touché un public assez large. Il y a, à la fois, des gens qui s'intéressent à l'Afghanistan mais pas à la BD et des gens qui s'intéressent à la BD, mais pas forcément à l'Afghanistan qui sont allés vers cet album. Il y a aussi pas mal d'expatriés qui peuvent vivre un peu partout sur la planète et qui se sont aussi un peu retrouvés dans ce récit et, enfin, il y a des Afghans francophones qui ont beaucoup aimé aussi parce que ça leur rappelle des souvenirs. Dans les retours que j'ai eu, on voit que les gens ont bien aimé qu'on raconte des histoires sérieuses mais avec le décalage de l'humour. Je pense que c'est ça la vraie réussite de la BD.

Dans la BD, quand vous annoncez que vous allez vous lancer dans ce récit, vous annoncez que vous avez un super titre : Kaboul salsa. Qu'est-ce qui l'a transformé en Kaboul disco?
En fait, j'ai changé tous les noms et tous les prénoms de la BD, sauf le mien. Par exemple, la boîte, Zendagui s'appelle, en réalité, Sayara - qui veut dire "planète" en persan - etc... Et donc, comme j'ai changé tous les noms, j'ai trouvé drôle, dans la BD, de modifier aussi le nom de la BD. Donc, en réalité, Kaboul salsa, c'est Kaboul disco. L'avantage, en faisant de changer les prénoms, c'est qu'on peut choisir ceux qui collent le mieux à la personnalité des personnes. Par exemple, l'Argentin qui s'appelle Diego Peron dans la BD, qui est un personnage un peu viril, en réalité, il a un nom d'origine lituanienne et qui n'a pas du tout cette consonance hispanique. Ça aurait donc été un peu confus pour le lecteur. Comme il y a beaucoup de personnages, c'est bien de les caricaturer un peu pour les rendre plus facilement reconnaissables.

Ce tome 2 se termine le 20 juin 2006. Alors, êtes-vous retourné vivre en Afghanistan depuis, comme vos collègues le laissent entendre?
Oui. Je suis retourné d'octobre 2006 à mars 2007, date à laquelle je suis revenu définitivement. Je pensais y retourner encore, mais comme la situation est très mauvaise dans le pays, finalement je n'y suis plus retourné.

Qu'est ce qui vous a poussé à retourner en Afghanistan, alors?
Le manque d'adrénaline et d'aventure! Je ne peux pas expliquer ce désir de danger... En plus, il y avait mes amis sur place qui me manquaient et c'est un très beau pays!

Et les autres, ils sont encore là bas?
Ça a beaucoup tourné. Aujourd'hui les gens que je connais et qui sont encore là-bas sont essentiellement des Afghans.

Est-ce que à la fin, vous avez eu, comme out le monde, votre tapis persan?
Oui (rires)... D'ailleurs, c'est peut être quand j'ai eu mon tapis que j'ai compris que je ne reviendrais plus.

On imagine que ces six nouveaux mois en Afghanistan vont donner naissance à un nouveau tome de Kaboul disco. Alors, après ne pas vous être fait kidnapper et après ne pas être devenu opiomane, qu'allez vous ne pas faire dans le tome 3?
Alors, qu'est-ce que je n'ai pas fait? Ehhhh, plein de choses! Le tome 3, je pense que ça va être quelque chose qui n'a rien à voir, genre "amour et propagande". Sinon, on peut toujours faire "comment je ne suis pas resté à Kaboul". Plus sérieusement, je pense parler un peu plus des talibans et de leur stratégie pour prendre le pouvoir. Comment ils communiquent, etc...

Que sont devenues les BD sur la Constitution afghane et les autres documents sur lesquels vous avez travaillé à Kaboul?
Les BD qu'on a fait pour les enfants ont bien marché, c'est un outil pédagogique qui a pas mal servi dans les écoles et ça a donc eu beaucoup de succès. Après, ce qui concerne la lutte contre l'opium, je ne pense pas que le fait de communiquer là-dessus change grand chose. On ne peut pas éradiquer l'opium avec un autocollant.

Et aujourd'hui, objectivement, avec du recul, que pensez-vous de ce travail effectué là-bas?
Je ne sais pas trop. Je suis assez mitigé. D'un côté, je suis assez fier de ce qu'on a fait mais, de l'autre, il y a des choses qui n'ont servi à rien. Le plus décevant, c'est évidemment, voir la guerre revenir dans la pays.

Je voulais revenir sur quelques moments très forts de votre expérience afghane, comme ces voisins qui vous aident pendant les manifestations et surtout cette femme qui offre sa burka à votre collègue, pour la cacher, et qui se sent salie par le regard des hommes. Comment expliquez-vous ces réactions?
Il faut bien comprendre que, dans l'ensemble, les Afghans ne sont pas du tout antioccidentaux. Au contraire, ils sont plutôt accueillants. D'ailleurs, chaque fois qu'il y a eu des problèmes avec les étrangers, ce n'était pas pour des raisons culturelles, mais politiques. Donc pendant les émeutes, il y a beaucoup d'Afghans qui nous ont aidés et protégés.

Revenons à la BD et à votre personnage. Vous ne vous ratez pas. Vous vous faites surnommer simplet par les autres, vous montrez une image de vous pas toujours flatteuse. Pure réalité ou besoin de scénariste ?
Un peu des deux! C'est vrai qu'au début j'avais un peu de mal à trouver ma place dans ce groupe... après, pour les besoins du scénario, j'ai fait du premier tome une sorte de récit initiatique avec un personnage un peu naïf qui apprend petit à petit plein de choses sur le pays. L'avantage de ce système narratif c'est aussi de décomplexer le lecteur si, par exemple, il ne connaît rien sur l'Afghanistan. Ça lui permet de découvrir le pays en même temps que le personnage et de s'identifier à lui. En plus, le fait de me moquer de moi-même fait que les autres acceptent plus facilement que je me moque d'eux.

Le tome 3 est prévu pour quand?
Fin 2009. Pour le moment je commence à peine à rassembler toutes les idées que j'ai pour ce troisième tome et je cherche à les mettre ensemble pour en faire une histoire. Dans la première partie de l'album je ne serai pas à Kaboul, je vais raconter la période lorsque j'étais rentré en France. C'est une période charnière, d'accélération de la tension à travers tout l'Afghanistan. Pour le reste, je vais laisser le lecteur le découvrir. Mais je peux dire qu'il y aura plein de flash-backs où je parlerai, par exemple, de l'Afghanistan des années 90.

 
par Jean-Christophe Ogier

PRIX FRANCE INFO DE LA MEILLEURE BD D'ACTUALITÉ ET DE REPORTAGE 2014 pour Ainsi se tut Zarathoustra
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L'Alsace par Hervé de Chalendar

Le portrait du lundi Nicolas Wild, l’homme qui vit dans une case de BD

Sélectionné à Angoulême, primé par France Info : l’auteur de bande dessinée Nicolas Wild, 36 ans, se fait enfin connaître. Mais ses lecteurs savent déjà beaucoup de lui... Vous voulez savoir qui est Nicolas Wild ? Ne nous lisez pas, lisez-le !
Ses lecteurs le connaissent bien : ils voient un type un poil timide mais empathique, un brin discret mais en plein milieu, un tantinet décalé mais ouvert aux gens et au monde... Un facétieux gentil, toujours entre deux avions, comme Tintin, dont il a repris le dessin à la « ligne claire » et certains traits de caractère.
Jamais vraiment casé, sauf dans les planches de ses BD. Et drôle surtout, armé contre les agressions extérieures par la grâce d’un humour fin, malin et bienveillant.
Sa bouille de BD est simple : ronde avec des lunettes, des cheveux noirs et des yeux qui ne sont que des points. Dans la vraie vie, c’est moins basique, forcément: les cheveux commencent à grisonner, la barbe pousse, les yeux sont grands et clairs... Son personnage est le seul aspect rudimentaire de son travail : tout le reste, ce que ça dit, avec sourire et légèreté, sur la dure réalité de ce monde, tout ça est subtilement pensé et réalisé.

« Comment je ne me suis pas fait kidnapper »
Nicolas Wild, 36 ans, raconte ses voyages dans ses livres. C’est de la chronique en bande dessinée. Ça pourrait être l’équivalent de l’autofiction en littérature, sauf que ça n’a rien à voir : dans ce genre-ci, il y a de la pudeur et de l’humour, et on s’intéresse aux autres avant de s’apitoyer sur soi- même. Ça pourrait aussi être du reportage journalistique, mais ça part du subjectif plutôt que de l’objectif, ça se permet d’arranger un chouïa la réalité pour la retranscrire encore plus fidèlement.
Aujourd’hui, l’auteur le plus connu de la chronique BD est le Québécois Guy Delisle : ses albums font saisir bien mieux que les articles de journaux la situation dans les territoires palestiniens ou en Corée du Nord. Wild est dans cette veine, mais Wild fait du Wild... Il est moins dans la chronique pure, plus dans le récit.
L’Alsacien s’est fait connaître avec deux tomes : Kaboul Disco 1 et 2, parus en 2007 et 2008 et sous-titrés Comment je ne me suis pas fait kidnapper en Afghanistan et Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan.
On y rencontre un jeune auteur en panne d’inspiration dans une colocation parisienne, qui répond à une petite annonce et s’envole début 2005 pour Kaboul. Sa mission : adapter la constitution afghane en bande dessinée. « C’était alors le début du retour du chaos : il commençait à y avoir des kidnappings, des attentats..., raconte aujourd’hui l’auteur, dans un atelier collectif du quartier de la gare, à Strasbourg, où il est revenu s’installer il y a un an. Je devais y rester deux mois, mais je renouvelais mon contrat régulièrement. »
Il y vivra jusqu’en mars 2007.

« J’adore aussi ça, l’art de la narration »
Les premiers dessins envoyés d’Afghanistan séduisent aussitôt son éditeur actuel, La boîte à bulles. Ce Kaboul Disco (dans lequel on peut trouver les prémisses de la série télé de Canal Plus Kaboul Kitchen ) est un tube : 17 000 exemplaires pour le premier to- me, 12 000 pour le second et des raductions en anglais, italien et espagnol.
Dans son dernier livre, Ainsi se tut Zarathoustra, sorti en mars 2013, on retrouve le petit Nicolas à Paris, six mois après son retour de Kaboul, en train de sympathiser avec des réfugiés afghans du côté du canal Saint-Martin. Et le voici embringué dans une nouvelle histoire qui le (et nous) mènera sur les traces d’un assassinat en Iran, et lui (et nous) fera découvrir une des plus anciennes religions monothéistes au monde : le zoroastrisme...
Le livre est présenté comme « une œuvre de fiction inspirée de faits réels ». C’est toujours ce qu’il a vécu, mais c’est plus construit, abouti, scénarisé que Kaboul Disco. Le dessin est plus fouillé, la documentation précise... « Le scénario, je l’ai réécrit trois fois ! J’adore aussi ça, l’art de la narration... »
Son Zarathoustra a obtenu ce 17 janvier le 20e « prix France Info de la Bande dessinée d’actualité et de reportage » et il a fait partie de la sélection officielle du 41e festival de la bande dessinée d’Angoulême, qui s’est terminé hier soir. Il n’a pas été primé, certes, mais être sélectionné dans ce Cannes de la BD était déjà un autre très joli prix...
Après les vaches enragées, ces années de la bohème parisienne où menaçait « le cycle infernal de la lose », la réussite a donc daigné pointer le bout de son nez. Tout est dit ? Pas tout à fait. Car dans les albums de Wild, il n’y a pas encore tout Nicolas.
Et c’est là où le bon vieil article de journal retrouve une certaine utilité... Apprenez donc que ce grand voyageur est né à Ingwiller en 1977. Il passe ses premières années près de Woerth. Son papa est pasteur – « Dans la famille, on a souvent des professions de saltimbanques... » – et il prend en charge, en 1986, la prestigieuse paroisse Saint-Thomas de Strasbourg.

Les aventures de l’ours Anne...
« Selon l’expression consacrée je
dessine depuis que je suis tout petit... C’étaient des dinosaures, des vaisseaux spatiaux, des châteaux forts... Une façon d’échapper à l’ennui. J’ai toujours pensé faire de la BD quand je serai grand. » Sa première bande dessinée date de ses 7 ans. C’est l’histoire de son ours en peluche, prénommé Anne (!) et offert, pour l’anecdote, par Adrien Zeller, ancien président de la Région, qui était son parrain et un ami de ses parents.
Nicolas Wild est encore capable de raconter, dans l’ordre, la succession de péripéties de son ours dans la jungle, aux prises avec des braconniers... Le bac en poche, il intègre en 1995 les Arts déco de Strasbourg, véritable fabrique de talents de la BD (cinq de ses anciens élèves figuraient dans cette sélection d’Angoulême 2014 !).
Il complète ce cursus par un échange Erasmus à Édimbourg, en Écosse. C’est le début de la grande bougeotte : peu avant il avait découvert l’Inde, peu après il part vivre un an et demi à Boston, où il travaille comme sommelier chez un caviste. En septembre dernier, il était invité par Arte dans un camp de réfugiés bhoutanais au Népal.
Juste après, il a passé deux mois à Dubaï, dans le cadre d’une résidence d’artiste. Il y retournera un mois en avril, après un bref passage par l’Argentine. Durant ses rares escales, il essayera de finaliser le tome 3 de Kaboul Disco, coécrit avec un journaliste anglais. « Je pense peut-être me remettre un jour à la fiction, dit-il. Mais pour ça, il faut avoir vécu... »