N. Wild
   
 
 
-
  Né en 1977, Nicolas Wild est un ancien élève du célèbre atelier d’illustration des Arts Décos de Strasbourg.
Ce fils de pasteur, alsacien d’origine, avait été l’initiateur et le co-scénariste du Voeu de Marc, avec Boulet et Lucie Albon (même éditeur) : un album tout public tendre et déjanté où se ressentait déjà son humour grinçant mais sans méchanceté. Cet humour avait déjà fait précédemment mouche dans une série de strips publiée aux Oiseaux de passage : Le Bourreau.
Avec Kaboul Disco, Nicolas a marqué les esprits de quelques milliers de lecteurs et de la presse. Le tome 2 est particulièrement attendu et sera peut-être suivi d’un troisième…
 
 
Liens de l'auteur


Coup de coeur de l'auteur

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

> Le Voeu de...
> Kaboul Disco T.1
> Kaboul Disco T.2
> Ainsi se tut Zarathoustra




Images bonus



Aucun visuel n'est disponible pour l'instant



Revue de presse
 
Le Quotidien (Luxembourg) par

Comme à chaque fois qu'on se retrouve face à une oeuvre biographique, on se demande quelle est la part de réalité et de fiction. Qu'en est-il pour ce Kaboul disco ?
Nicolas Wild : En fait, je n'ai jamais été en Afghanistan; tout est faux! (rires)... Plus sérieusement, tout est vrai. J'ai effectivement été à Kaboul pendant deux ans et, dans l'ensemble, tous les événements sont réels. Après, ce qui tient de la fiction, c'est plus les dialogues, ou certains personnages dont j'ai un peu modifié le caractère. Disons, que j'ai un peu romancé le tout pour rendre le récit plus agréable et plus drôle. Dans ce deuxième tome, vous racontez que l'envie de faire cette BD est venue en décembre 2005, lors d'un voyage en France. Comment vous avez fait pour vous rappeler tout ça avec autant de détails? Avant même de penser à faire une BD j'ai fait un blog où je racontais mon quotidien sous forme de textes, de BD ou d'autres images. J'avais donc déjà une mémoire écrite des événements. Quand j'ai décidé de faire cette BD, j'ai repris le tout. Ça m'a servi de base de travail. Il y a aussi des événements qui sont arrivées à certains de vos collègues et vous prêtez même des pensées aux autres personnages. Comment avez-vous procédé? Vous en parliez avec eux? Non, mais j'ai quand-même vécu deux ans quasiment en huis clos avec les mêmes personnes. À un moment on commence à se connaître tellement bien qu'on peut deviner les pensées des uns et des autres. Après, tout était dans le blog. Je leur ai montré. Plus tard je leur ai aussi montré la BD et, dans l'ensemble, ça leur a bien plu. Pourtant, tout le monde s'en prend, gentiment, plein la gueule. Oui... bon, enfin... c'est bien, je trouve! Je voulais éviter les clichés des agents d'ONG qui sont tous gentils et qui sont tous là pour sauver le monde. Je voulais proposer un tableau un peu plus réaliste, il s'agit de gens comme tout le monde. En plus, je n'ai pas mis dans la BD tous les gens que j'ai rencontré - ça aurait été impossible - j'ai privilégié tous ceux qui pouvaient devenir des personnages- icônes. Car chacun a un rôle à jouer dans le récit. Il y a tout de même des personnages qui prennent de la coke, qui parlent d'aller aux putes... Oui, la vie est comme ça. Non? En même temps... moi, ça ne me choque pas. Et puis tout le monde a pris ça avec humour. Cette phrase où Diego dit, au sujet de Felipe qu'ils "sniffaient de la coke sur le téton des putes de Buenos Aires en rentrant du collège", il ne l'a pas prononcée. C'est une façon de résumer le fait qu'il ont fait plein de choses ensemble dans le passé. Par contre, quand, au moment des émeutes, on se retrouve dans la maison voisine qui est vide et que Felipe dit quelque chose comme "on pourrait en faire un bar à putes", c'est tout à fait dans le personnage de Felipe. Ses phrases sont presque toutes telles qu'il a vraiment dites. D'ailleurs, j'ai rapidement commencé à les noter. Alors, si on devait donner un pourcentage entre réalité et fiction, lequel serait-il? Euhhhh... (il réfléchit... longtemps)... disons 80 % de réalité, 20 % de fiction. Quel retour avez-vous reçu du premier tome? Tout s'est bien passé. Bonne presse et bon accueil public, bonnes ventes. Je suis donc très content. On a imprimé en tout 8 500 exemplaires du tome 1, par tranches de 2 000. Ce qui est bien c'est que ça a touché un public assez large. Il y a, à la fois, des gens qui s'intéressent à l'Afghanistan mais pas à la BD et des gens qui s'intéressent à la BD, mais pas forcément à l'Afghanistan qui sont allés vers cet album. Il y a aussi pas mal d'expatriés qui peuvent vivre un peu partout sur la planète et qui se sont aussi un peu retrouvés dans ce récit et, enfin, il y a des Afghans francophones qui ont beaucoup aimé aussi parce que ça leur rappelle des souvenirs. Dans les retours que j'ai eu, on voit que les gens ont bien aimé qu'on raconte des histoires sérieuses mais avec le décalage de l'humour. Je pense que c'est ça la vraie réussite de la BD. Dans la BD, quand vous annoncez que vous allez vous lancer dans ce récit, vous annoncez que vous avez un super titre : Kaboul salsa. Qu'est-ce qui l'a transformé en Kaboul disco? En fait, j'ai changé tous les noms et tous les prénoms de la BD, sauf le mien. Par exemple, la boîte, Zendagui s'appelle, en réalité, Sayara - qui veut dire "planète" en persan - etc... Et donc, comme j'ai changé tous les noms, j'ai trouvé drôle, dans la BD, de modifier aussi le nom de la BD. Donc, en réalité, Kaboul salsa, c'est Kaboul disco. L'avantage, en faisant de changer les prénoms, c'est qu'on peut choisir ceux qui collent le mieux à la personnalité des personnes. Par exemple, l'Argentin qui s'appelle Diego Peron dans la BD, qui est un personnage un peu viril, en réalité, il a un nom d'origine lituanienne et qui n'a pas du tout cette consonance hispanique. Ça aurait donc été un peu confus pour le lecteur. Comme il y a beaucoup de personnages, c'est bien de les caricaturer un peu pour les rendre plus facilement reconnaissables. Ce tome 2 se termine le 20 juin 2006. Alors, êtes-vous retourné vivre en Afghanistan depuis, comme vos collègues le laissent entendre? Oui. Je suis retourné d'octobre 2006 à mars 2007, date à laquelle je suis revenu définitivement. Je pensais y retourner encore, mais comme la situation est très mauvaise dans le pays, finalement je n'y suis plus retourné. Qu'est ce qui vous a poussé à retourner en Afghanistan, alors? Le manque d'adrénaline et d'aventure! Je ne peux pas expliquer ce désir de danger... En plus, il y avait mes amis sur place qui me manquaient et c'est un très beau pays! Et les autres, ils sont encore làbas? Ça a beaucoup tourné. Aujourd'hui les gens que je connais et qui sont encore là-bas sont essentiellement des Afghans. Est-ce que à la fin, vous avez eu, comme out le monde, votre tapis persan? Oui (rires)... D'ailleurs, c'est peutêtre quand j'ai eu mon tapis que j'ai compris que je ne reviendrais plus. On imagine que ces six nouveaux mois en Afghanistan vont donner naissance à un nouveau tome de Kaboul disco. Alors, après ne pas vous être fait kidnapper et après ne pas être devenu opiomane, qu'allez vous ne pas faire dans le tome 3? Alors, qu'est-ce que je n'ai pas fait? Ehhhh, plein de choses! Le tome 3, je pense que ça va être quelque chose qui n'a rien à voir, genre "amour et propagande". Sinon, on peut toujours faire "comment je ne suis pas resté à Kaboul". Plus sérieusement, je pense parler un peu plus des talibans et de leur stratégie pour prendre le pouvoir. Comment ils communiquent, etc... Que sont devenues les BD sur la Constitution afghane et les autres documents sur lesquels vous avez travaillé à Kaboul? Les BD qu'on a fait pour les enfants ont bien marché, c'est un outil pédagogique qui a pas mal servi dans les écoles et ça a donc eu beaucoup de succès. Après, ce qui concerne la lutte contre l'opium, je ne pense pas que le fait de communiquer là-dessus change grand chose. On ne peut pas éradiquer l'opium avec un autocollant. Et aujourd'hui, objectivement, avec du recul, que pensez-vous de ce travail effectué là-bas? Je ne sais pas trop. Je suis assez mitigé. D'un côté, je suis assez fier de ce qu'on a fait mais, de l'autre, il y a des choses qui n'ont servi à rien. Le plus décevant, c'est évidemment, voir la guerre revenir dans la pays. Je voulais revenir sur quelques moments très forts de votre expérience afghane, comme ces voisins qui vous aident pendant les manifestations et surtout cette femme qui offre sa burka à votre collègue, pour la cacher, et qui se sent salie par le regard des hommes. Comment expliquez-vous ces réactions? Il faut bien comprendre que, dans l'ensemble, les Afghans ne sont pas du tout antioccidentaux. Au contraire, ils sont plutôt accueillants. D'ailleurs, chaque fois qu'il y a eu des problèmes avec les étrangers, ce n'était pas pour des raisons culturelles, mais politiques. Donc pendant les émeutes, il y a beaucoup d'Afghans qui nous ont aidés et protégés. Revenons à la BD et à votre personnage. Vous ne vous ratez pas. Vous vous faites surnommer simplet par les autres, vous montrez une image de vous pas toujours flatteuse. Pure réalité ou besoin de scénariste ? Un peu des deux! C'est vrai qu'au début j'avais un peu de mal à trouver ma place dans ce groupe... après, pour les besoins du scénario, j'ai fait du premier tome une sorte de récit initiatique avec un personnage un peu naïf qui apprend petit à petit plein de choses sur le pays. L'avantage de ce système narratif c'est aussi de décomplexer le lecteur si, par exemple, il ne connaît rien sur l'Afghanistan. Ça lui permet de découvrir le pays en même temps que le personnage et de s'identifier à lui. En plus, le fait de me moquer de moi-même fait que les autres acceptent plus facilement que je me moque d'eux. Le tome 3 est prévu pour quand? Fin 2009. Pour le moment je commence à peine à rassembler toutes les idées que j'ai pour ce troisième tome et je cherche à les mettre ensemble pour en faire une histoire. Dans la première partie de l'album je ne serai pas à Kaboul, je vais raconter la période lorsque j'étais rentré en France. C'est une période- harnière, d'accélération de la tension à travers tout l'Afghanistan. Pour le reste, je vais laisser le lecteur le découvrir. Mais je peux dire qu'il y aura plein de flash-backs où je parlerai, par exemple, de l'Afghanistan des années 90.