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Comme à chaque fois qu'on se
retrouve face à une oeuvre biographique,
on se demande quelle est
la part de réalité et de fiction.
Qu'en est-il pour ce Kaboul disco ?
Nicolas Wild : En fait, je n'ai jamais
été en Afghanistan; tout est
faux! (rires)... Plus sérieusement,
tout est vrai. J'ai effectivement été à
Kaboul pendant deux ans et, dans
l'ensemble, tous les événements
sont réels. Après, ce qui tient de la
fiction, c'est plus les dialogues, ou
certains personnages dont j'ai un
peu modifié le caractère. Disons,
que j'ai un peu romancé le tout pour
rendre le récit plus agréable et plus
drôle.
Dans ce deuxième tome, vous racontez
que l'envie de faire cette
BD est venue en décembre 2005,
lors d'un voyage en France. Comment
vous avez fait pour vous rappeler
tout ça avec autant de détails?
Avant même de penser à faire une
BD j'ai fait un blog où je racontais
mon quotidien sous forme de textes,
de BD ou d'autres images. J'avais
donc déjà une mémoire écrite des
événements. Quand j'ai décidé de
faire cette BD, j'ai repris le tout. Ça
m'a servi de base de travail.
Il y a aussi des événements qui
sont arrivées à certains de vos collègues
et vous prêtez même des
pensées aux autres personnages.
Comment avez-vous procédé?
Vous en
parliez avec eux?
Non, mais j'ai
quand-même
vécu deux ans
quasiment en
huis clos avec les
mêmes personnes.
À un moment
on commence
à se
connaître
tellement
bien qu'on
peut deviner
les pensées
des uns et des
autres.
Après, tout
était dans le
blog. Je leur ai montré. Plus tard je
leur ai aussi montré la BD et, dans
l'ensemble, ça leur a bien plu.
Pourtant, tout le monde s'en
prend, gentiment, plein la gueule.
Oui... bon, enfin... c'est bien, je
trouve! Je voulais éviter les clichés
des agents d'ONG qui sont tous gentils
et qui sont tous là pour sauver le
monde. Je voulais proposer un tableau
un peu plus réaliste, il s'agit de
gens comme tout le monde. En plus,
je n'ai pas mis dans la BD tous les
gens que j'ai rencontré - ça aurait été
impossible - j'ai privilégié tous ceux
qui pouvaient devenir des personnages-
icônes. Car chacun a un rôle à
jouer dans le récit.
Il y a tout de même des personnages
qui prennent de la coke, qui
parlent d'aller aux putes...
Oui, la vie est comme ça. Non? En
même temps... moi, ça ne me choque
pas. Et puis tout le monde a pris
ça avec humour. Cette phrase où
Diego dit, au sujet de Felipe qu'ils
"sniffaient de la coke sur le téton des
putes de Buenos Aires en rentrant
du collège", il ne l'a pas prononcée.
C'est une façon de résumer le fait
qu'il ont fait plein de choses ensemble
dans le passé. Par contre, quand,
au moment des émeutes, on se retrouve
dans la maison voisine qui
est vide et que Felipe dit quelque
chose comme "on pourrait en faire
un bar à putes", c'est tout à fait dans
le personnage de Felipe. Ses phrases
sont presque toutes telles qu'il a
vraiment dites. D'ailleurs, j'ai rapidement
commencé à les noter.
Alors, si on devait donner un
pourcentage entre réalité et fiction,
lequel serait-il?
Euhhhh... (il réfléchit... longtemps)...
disons 80 % de réalité, 20 %
de fiction.
Quel retour avez-vous reçu du
premier tome?
Tout s'est bien passé. Bonne presse
et bon accueil public, bonnes ventes.
Je suis donc très content. On a
imprimé en tout 8 500 exemplaires
du tome 1, par tranches de 2 000. Ce
qui est bien c'est que ça a touché un
public assez large. Il y a, à la fois, des
gens qui s'intéressent à l'Afghanistan
mais pas à la BD et des gens qui
s'intéressent à la BD, mais pas forcément
à l'Afghanistan qui sont allés
vers cet album. Il
y a aussi pas mal
d'expatriés qui
peuvent vivre un
peu partout sur la
planète et qui se
sont aussi un peu
retrouvés dans ce
récit et, enfin, il y
a des Afghans
francophones
qui ont beaucoup
aimé aussi parce
que ça leur rappelle
des souvenirs. Dans les retours
que j'ai eu, on voit que les gens ont
bien aimé qu'on raconte des histoires
sérieuses mais avec le décalage de
l'humour. Je pense que c'est ça la
vraie réussite de la BD.
Dans la BD, quand vous annoncez
que vous allez vous lancer
dans ce récit, vous annoncez que
vous avez un super titre : Kaboul
salsa. Qu'est-ce qui l'a transformé
en Kaboul disco?
En fait, j'ai changé tous les noms
et tous les prénoms de la BD, sauf le
mien. Par exemple, la boîte, Zendagui
s'appelle, en réalité, Sayara - qui
veut dire "planète" en persan - etc...
Et donc, comme j'ai changé tous les
noms, j'ai trouvé drôle, dans la BD,
de modifier aussi le nom de la BD.
Donc, en réalité, Kaboul salsa, c'est
Kaboul disco. L'avantage, en faisant
de changer les prénoms, c'est qu'on
peut choisir ceux qui collent le
mieux à la personnalité des personnes.
Par exemple, l'Argentin qui
s'appelle Diego Peron dans la BD,
qui est un personnage un peu viril,
en réalité, il a un nom d'origine lituanienne
et qui n'a pas du tout
cette consonance hispanique. Ça
aurait donc été un peu confus pour
le lecteur. Comme il y a beaucoup
de personnages, c'est bien de les caricaturer
un peu pour les rendre plus
facilement reconnaissables.
Ce tome 2 se termine le 20 juin
2006. Alors, êtes-vous retourné vivre
en Afghanistan depuis,
comme vos collègues le laissent
entendre?
Oui. Je suis retourné d'octobre
2006 à mars 2007, date à laquelle je
suis revenu définitivement. Je pensais
y retourner encore, mais
comme la situation est très mauvaise
dans le pays, finalement je n'y
suis plus retourné.
Qu'est ce qui vous a poussé à retourner
en Afghanistan, alors?
Le manque d'adrénaline et d'aventure!
Je ne peux pas expliquer ce désir
de danger...
En plus, il y avait
mes amis sur
place qui me
manquaient et
c'est un très beau
pays!
Et les autres, ils
sont encore làbas?
Ça a beaucoup
tourné. Aujourd'hui
les
gens que je
connais et qui sont encore là-bas
sont essentiellement des Afghans.
Est-ce que à la fin, vous avez eu,
comme out le monde, votre tapis
persan?
Oui (rires)... D'ailleurs, c'est peutêtre
quand j'ai eu mon tapis que j'ai
compris que je ne reviendrais plus.
On imagine que ces six nouveaux
mois en Afghanistan vont
donner naissance à un nouveau
tome de Kaboul disco. Alors, après
ne pas vous être fait kidnapper et
après ne pas être devenu opiomane,
qu'allez vous ne pas faire
dans le tome 3?
Alors, qu'est-ce que je n'ai pas
fait? Ehhhh, plein de choses! Le
tome 3, je pense que ça va être
quelque chose qui n'a rien à voir,
genre "amour et propagande". Sinon,
on peut toujours faire "comment
je ne suis pas resté à Kaboul".
Plus sérieusement, je pense parler
un peu plus des talibans et de leur
stratégie pour prendre le pouvoir.
Comment ils communiquent, etc...
Que sont devenues les BD sur la
Constitution afghane et les autres
documents sur lesquels vous
avez travaillé à Kaboul?
Les BD qu'on a fait pour les enfants
ont bien marché, c'est un outil
pédagogique qui a pas mal servi
dans les écoles et ça a donc eu
beaucoup de succès. Après, ce qui
concerne la lutte contre l'opium, je
ne pense pas que le fait de communiquer
là-dessus change grand
chose. On ne peut pas éradiquer
l'opium avec un autocollant.
Et aujourd'hui, objectivement,
avec du recul, que pensez-vous de
ce travail effectué là-bas?
Je ne sais pas trop. Je suis assez
mitigé. D'un côté, je suis assez fier
de ce qu'on a fait mais, de l'autre, il
y a des choses qui n'ont servi à
rien. Le plus décevant, c'est évidemment,
voir la guerre revenir
dans la pays.
Je voulais revenir sur quelques
moments très forts de votre expérience
afghane, comme ces voisins
qui vous aident pendant les
manifestations et surtout cette
femme qui offre sa burka à votre
collègue, pour la cacher, et qui se
sent salie par le regard des hommes.
Comment expliquez-vous
ces réactions?
Il faut bien comprendre que, dans
l'ensemble, les Afghans ne sont pas
du tout antioccidentaux. Au
contraire, ils sont plutôt accueillants.
D'ailleurs, chaque fois qu'il y
a eu des problèmes avec les étrangers,
ce n'était pas pour des raisons
culturelles, mais politiques. Donc
pendant les émeutes, il y a beaucoup
d'Afghans qui nous ont aidés
et protégés.
Revenons à la BD et à votre personnage.
Vous ne vous ratez pas.
Vous vous faites
surnommer simplet
par les autres,
vous montrez
une image de vous
pas toujours flatteuse.
Pure réalité ou
besoin de scénariste ?
Un peu des deux! C'est
vrai qu'au début j'avais
un peu de mal à trouver
ma place dans ce
groupe... après, pour
les besoins du
scénario, j'ai
fait du premier
tome une
sorte de récit
initiatique avec
un personnage
un peu naïf qui apprend
petit à petit plein de choses
sur le pays. L'avantage de ce système
narratif c'est aussi de décomplexer
le lecteur si, par exemple, il
ne connaît rien sur l'Afghanistan.
Ça lui permet de découvrir le pays
en même temps que le personnage
et de s'identifier à lui. En plus, le
fait de me moquer de moi-même
fait que les autres acceptent plus facilement
que je me moque d'eux.
Le tome 3 est prévu pour
quand?
Fin 2009. Pour le moment je
commence à peine à rassembler
toutes les idées que j'ai pour ce
troisième tome et je cherche à les
mettre ensemble pour en faire une
histoire. Dans la première partie
de l'album je ne serai pas à Kaboul,
je vais raconter la période lorsque
j'étais rentré en France. C'est une
période- harnière, d'accélération
de la tension à travers tout l'Afghanistan.
Pour le reste, je vais laisser
le lecteur le découvrir. Mais je
peux dire qu'il y aura plein de
flash-backs où je parlerai, par
exemple, de l'Afghanistan des années
90.
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