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La vie d'une famille libanaise très post soixante-huitarde bouleversée par la guerre du Liban.

Scénario : Bernard Boulad
Storyboard : Paul Bona
Dessin : Gaël Henry

Hors champ
1 volume paru
histoires indépendantes

La presse en parle ...

 
 

Famille d’Égyptiens expatriée au Liban depuis près de 10 ans, façon-née par la culture occidentale, les Naggar coulent des jours heureux. Entre une mère baba cool amoureuse de son meilleur ami gay, un père libraire, coureur de jupons, fan de L’Écho des savanes et trois ados mordus de cinéma, cette véritable « famille formidable » se tient à l’écart des conflits politico-religieux qui minent le pays. Au cocktail explosif formé par les oppositions entre sunnites, chiites, druzes, maronites, catholiques et arméniens, vont venir s’ajouter les tensions entre réfugiés palestiniens et État d'Israël. En avril 1975, la guerre éclate. Une guerre qui n’est pas celle des Naggar mais qui ne tardera pas à les rattraper.
Chaque lecteur peut aisément se projeter dans cette famille d’intellectuels dont le bonheur insouciant et l’idéal soixante-huitard vont brutalement céder face à la réalité de la guerre civile.

Liste des éditions

BERNARD BOULAD - scénariste

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Vous travaillez dans le milieu cinématographique, est-ce que faire de la bande dessinée est un projet qui vous taraude depuis longtemps ?

Non, c’est le hasard qui a fait les choses et aussi une affection particulière et ancienne pour la BD. A l’origine, une partie de cette histoire avait été écrite pour un court métrage mais je n’avais pas trouvé le bon traitement et puis la lourdeur de la production au cinéma m’a amené à considérer la forme du roman graphique qui donne beaucoup plus de liberté.


Avec La Guerre des autres, vous racontez votre propre histoire. Comment avez-vous vécu cette transcription de votre passé en bande dessinée ?

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Penser cette histoire à partir de mon propre vécu au Liban a été un exercice plutôt réjouissant, surtout lorsque j’inventais des dialogues pour des situations vécues il y a si longtemps ou pour celles dont je n’avais pas été le témoin direct. Recréer ces scènes était à la fois excitant et émouvant, surtout pour les moments douloureux. J’avais d’abord envie d’être fidèle aux événements tels qu’on les a vécus et au caractère des personnages qui font partie de ma famille, de mes amis d’enfance et de mon entourage d’alors. Mais il y aussi une part de fantasme et d’exagération.


Quant au contexte historique, avec des références précises à des faits véridiques, tout est conforme à la réalité à l’exception de la chronologie que j’ai parfois modifiée pour les besoins de la narration. Il faut dire que je suis un fana d’Histoire. Sur le plan de l’écriture et de la mise en scène, il fallait aussi rendre ces scènes dramatiquement crédibles et inspirantes, notamment en termes de rendu visuel, pour que les dessinateurs puissent se les approprier et transmettre leur charge émotionnelle. Reste que je me suis permis de prendre des libertés avec certains épisodes et personnages secondaires. Mais en gros, ce qu’on retrouve dans l’album est à 80 % vrai.

Pouvez-vous nous parler du Liban et des liens que vous entretenez aujourd’hui avec ce pays ? Et avec l’Egypte, pays de naissance ?

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Entre le Liban et moi, c’est une histoire compliquée faite d’incompréhension, de déracinement, de frustration, d’émotions fortes et de peur. Je suis plutôt de nature craintive et le climat de violence et d’injustice dans lequel a constamment baigné le Liban m’a profondément marqué. J’avais toujours peur même avant la guerre. Ce n’est peut-être pas toujours évident dans l’album mais je me sentais en permanence en insécurité d’autant que je maîtrisais mal l’arabe. En même temps, il y a un air, une ambiance (surtout en montagne), un certain art de vivre (la gastronomie !), une rage de vivre aussi, une force de caractère qui rendent ce pays unique et fascinant.

Quant à l’Egypte, mon rapport est plus folklorique. Je l’ai quitté alors que j’avais quatre ans. C’est le pays de mes parents et de ma mère surtout qui y restée très attachée. C’est un peuple très différent qui n’a ni l’arrogance, ni l’assurance du Libanais type. Son humour est plein d’autodérision et il dégage une certaine folie poétique et sentimentale que l’on retrouve dans son cinéma, notamment celui de Chahine. 

Le Liban d’avant la guerre, c’est un peu votre paradis perdu ?

Oui et non. Le Liban est un pays rugueux. Il a peut-être été plus doux avant les années 1970, au début du boom économique quand il se faisait appeler « la Suisse du Moyen-Orient ». Mais il est rapidement tombé dans un état permanent de guerre sourde à cause des tensions communautaires, religieuses, sociales et régionales avec la présence des miliciens palestiniens et les attaques israéliennes. Et puis, c’est un pays tellement petit. A peine 10. 000 km2 ! On y étouffe vite. Bien sûr, je ressens une forme d’innocence perdue. Mais est-ce dû à l’enfance ou au pays lui-même ?

Pouvez-vous nous parler des liens que vous entretenez
aujourd’hui avec le Liban ?

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Entre le Liban et moi, c’est une histoire compliquée faite d’in-
compréhension, de déracinement, de frustration, d’émotions fortes et de peur. Je suis plutôt de nature craintive et le climat de violence et d’injustice dans lequel a constamment baigné le Liban m’a profondément marqué. J’avais toujours peur, même avant la guerre. Ce n’est peut-être pas toujours évident dans l’album mais je me sentais en permanence en insécurité d’autant que je maîtrisais mal l’arabe. En même temps, il y a un air, une ambiance (surtout en montagne), un certain art de vivre (la gastronomie !), une rage de vivre aussi, une force de caractère qui rendent ce pays unique et fascinant. 


Au-delà du Liban, vous faites aussi une peinture des années 1970... une période qui vous tient à cœur ?

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Ca, oui ! J’adore la fin des années 60 et les années 70. Ce sont les années où je découvre la musique rock et le blues, que m’ont transmis un cousin et mon frère, plus âgés. Les musiciens anglo-saxons de cette époque étaient, pour moi, des dieux. Ils le sont encore ! Les films américains et français m’ont aussi beaucoup marqué et influencé. Ils ont clairement nourri mon envie de partir en Occident. Le quartier de Beyrouth où l’on habitait, Hamra, regorgeait de salles de cinéma. J’y ai eu mes habitudes dès ma plus jeune enfance. C’était ma principale activité. 


Prévoyez-vous de raconter la suite de votre histoire et notamment votre adolescence passée au Canada ?

Non, pas cette partie de ma vie mais peut-être un autre épisode dramatique qui y est lié et qui se passe en Libye en 1987, quand j’y suis allé en reportage. Je suis en plein travail de recherche et d’écriture du scénario. Mais avant, si c’est possible, je voudrais aussi raconter la suite de notre histoire familiale au Liban pendant la guerre et notre exil forcé. Ce sera dans le même ton ironique mais avec des scènes plus tragiques. 



GAËL HENRY ET PAUL BONA - dessinateurs

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Qu’est-ce qui vous a convaincu de travailler sur ce projet ?

Le contexte géographique et politique du scénario nous a beaucoup plu. On s’est tous les deux rendu compte que l’on était ignorants de cette période du Liban. Nous connaissons très peu ce pays et il est étonnant de voir le contraste entre l’image que l’on en a (guerre, ruine...) et ce qu’il a été (pays prospère, « Suisse orientale »). La vision de Bernard au travers de la famille Naggar donne à voir tous ces aspects.

Une des autres raisons d’avoir accepté le projet, était l’idée, assez excitante, de travailler à plusieurs sur le dessin. C’était une première pour nous deux !

Justement, comment avez-vous travaillé à quatre mains ?

Collaborer ensemble s’est fait naturellement. On partage le même atelier dans les locaux de la Malterie à Lille ! On peut avoir un retour immédiat l’un vis à vis de l’autre. On s’est mis d’accord sur l’allure générale des personnages, l’ambiance, puis on s’est partagé le story-board (esquisse, crayonné de la mise en scène). On a chacun fait des scènes différentes. Une fois le story-board validé par Bernard et Vincent Henry notre éditeur, Gaël a dessiné au propre pour uni er le dessin. Paul est ensuite venu mettre les couleurs par-dessus.

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Pourquoi avoir choisi une colorisation presque bichromique ?

La bichromie est un bon moyen de donner une ambiance nostalgique au récit et elle se marie parfaitement avec un dessin aéré. Le plus compliqué a été de trouver les teintes qui retranscrivent à la fois les années 1970 et la douceur du climat libanais. 

Quelles ont été les difficultés rencontrées sur ce projet ?

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La plus grande difficulté était de tous se mettre d’accord, notamment sur l’histoire. On ne pouvait pas tout garder du script original, il a fallut couper, raccourcir des scènes, des dialogues… La première version de Bernard n’aurait jamais tenu dans un album 160 pages ! Ce fut un peu un crève-cœur pour lui !


Une petite anecdote d'ailleurs sur Bernard. Il ne voulait pas reprendre son nom, ceux de sa famille ou des gens qu’il a pu croiser. Et il était tellement indécis sur les prénoms à donner aux personnages, qu’il les changeait régulièrement. Un gros mic-mac. Il est arrivé qu’un perso change soudainement de prénom sans qu’on le sache. On ne savait plus qui était qui, entre le script et la réalisation, à part Alex, ils ont tous changé 2/3 fois de prénoms ! Et il est probable que, s’il le pouvait, il les modifierait encore (rires) !