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Comment Macron et Trudeau ont choisi de confier la Francophonie à une Rwandaise. Une histoire de chaussetrappes et de coups fourrés contée de l’intérieur...

Scénario : Bertin Leblanc
Dessin : Paul Gros

Témoignages - Documentaires
1 volume paru
histoires indépendantes

La presse en parle ...

 
 

Bertin Leblanc est québécois mais vit en France depuis quelques années. Cet homme de média se voit proposer un poste en or : porte-parole de la Francophonie.
Enfin poste en or, pas si certain : sa cheffe Michaëlle Jean, la Secrétaire générale de la Francophonie, pleine de verve et de dynamisme, a bien du mal à respecter les consignes en termes de concision, de communication et de diplomatie.
Au point d’épuiser ses collaborateurs mais aussi, bien plus grave, les chefs d’État.
Avec un bilan plutôt flatteur à la tête d’une organisation qu’elle a clairement redynamisée, la Canadienne Michaëlle Jean pense que son mandat devrait être renouvelé sans trop de problèmes. Et pourtant… La presse québécoise commence à se déchaîner contre elle, Emmanuel Macron semble agacé par son activisme et Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, ne la soutient plus que du bout des lèvres.
Alors, Bertin et toute l’équipe en place s’activent pour défendre à tout prix le bilan de sa cheffe mal-aimée. Mais est-il encore question de bilan et d’essor de la Francophonie quand le Président français a d’autres enjeux en tête, comme la pacification des relations de la France avec le Rwanda ?
Pour résultat, Louise Mushikiwabo, femme politique rwandaise, lui sera préférée à la tête de la Francophonie. Une décision polémique du fait du manque d'engagement du pays envers la défense de la langue française et sa situation en termes de droits humains...

Liste des éditions

Eléments de langage : Cacophonie en francophonie

Eléments de langage : Cacophonie en francophonie

06 avr. 2022
208 pages - 19.0 x 26,5 cm - Couleur
EAN 9782849534106
27,00 €


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Bertin, Peux-tu te présenter en quelques mots ? Tu as eu un parcours complexe avant d’arriver à la BD…

Je suis d’abord et avant tout un journaliste qui s’est quelque peu aventuré dans la communication institutionnelle mais que la BD a ramené dans le droit chemin. Avec ce livre, j’ai l’impression de signer un retour au métier qui m’a formé et qui demeure ma vraie passion. La forme du reportage est différente certes, mais le goût de dire, de raconter demeure intact et le résultat cette fois est sur 206 pages, dessinées merveilleusement bien par mon complice Paul Gros. Durant mes différentes missions en ONG ou dans les officines diplomatiques, j’ai toujours cherché à raconter des histoires et servir mes idéaux. C’est ce que j’ai fait comme reporter télé pendant plus de vingt ans et dans mes différentes fonctions par la suite. J’ai longtemps raconté l’histoire des autres, la culture de mon pays, lorsque j’étais attaché culturel pour le Québec à Paris, celle des défenseurs des droits humains, chez Amnesty International ou Reporters sans frontières. Maintenant, passé le cap de la cinquantaine, j’ai envie de raconter un peu la mienne. Éléments de langage est un peu ma version des faits si vous voulez, mon regard, toujours assez naïf, d’observateur étonné, sur le monde et les gens.

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Qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer à raconter ton expérience de porte-parole de la francophonie ? Le plaisir du partage ou un message plus politique ?

Bertin : Les deux à la fois. Très vite après mon arrivée à la Francophonie, j’ai réalisé l’énorme potentiel narratif de cette aventure professionnelle. Tout y était : les personnages, les dépaysements, la complexité du monde, le cynisme de la politique, l’impuissance et l’incohérence de la diplomatie mondiale et les contradictions d’une organisation sans cap et sans moyens comme l’Organisation Internationale de la Francophonie. Une complexité médiatique aussi que j’avais très largement sous-estimée au départ. Le récit est d’ailleurs très linéaire. Ma vie personnelle s’est aussi trouvée très chamboulée au même moment et j’ai soudainement eu envie d’en parler. En lisant le scénario, un bon ami m’a dit : « Avec ça t’as économisé pas mal de séances de psy ! » Il n’avait pas tout à fait tort. 

Ensuite comme journaliste, j’ai trouvé assez passionnant de vivre une crise médiatique et politique , dans le camps adverse en fin de compte, d’un point de vue journalistique. Un poste d’observation incroyable. Pour moi, c’était une vraie découverte et la plongée fut vertigineuse. C’est aussi et surtout ça que j’ai voulu raconter. La virulence et la violence des attaques contre la Secrétaire générale de la Francophonie de l’époque, Michaëlle Jean, particulièrement de la presse québécoise, m’a proprement sidérée. Ce récit est un condensé de beaucoup de choses et révèle les travers de notre système, les limites de la vérité, le suivisme des médias, la haine de l’autre, de la différence. La difficulté de faire prévaloir des idéaux de démocratie, de droit et d’égalité dans un monde complètement fractionné et cela même en étant au plus haut niveau.

Je voulais aussi montrer la diversité et la richesse de la francophonie. C’est cliché, mais c’est assez passionnant et émouvant de voir cette langue parlée et chantée aux quatre coins de la planète par des individus de cultures et d’histoires très différentes. Michaëlle Jean parlait souvent de trait d’union entre les peuples. À l’exception des Français peut-être, ces francophones et francophiles du monde entier y sont très attachés. 

Puis, j’ai voulu raconter le cynisme en politique, surtout celui de la France dans cette affaire. J’ai la conviction profonde aujourd’hui que pour l’État français, l’OIF est surtout un objet politique qu’il faut contenir, voir contrôler, qui ne doit pas lui échapper. C’est le cas depuis le début de son histoire et ses origines.

L’indépendance et l’activiste de Michaëlle Jean, plus interventionniste que ses prédécesseurs, énervaient pas mal les autorités françaises. Le président Emmanuel Macron, en faisant le choix d’éliminer la représentante canadienne, sans véritable explication, sauf celle de recentrer l’action de l’OIF sur l’Afrique, où se trouvera bientôt une majorité de locuteurs francophones, il a surtout voulu ramener l’OIF sous le contrôle français. D’ailleurs, pour être complètement cohérent avec cela, si le continent africain est si important pour la francophonie aux yeux de la France, ce que je ne conteste pas, bien au contraire, pourquoi conserver le siège de la Francophonie dans le 7ième arrondissement de Paris, à quelques encablures de l’Élysée et du Quai d’Orsay ?

Et pourquoi as-tu choisi de raconter cela par le biais de la BD ?

Bertin : J’ai toujours conçu mes reportages d’abord et avant tout par l’image, sans doute une déformation de mon métier d’origine, journaliste reporter d’images. Ensuite, en plongeant dans l’univers de la diplomatie mondiale, j’y ai trouvé, comme bien d’autres avant moi, un côté thriller très fort. Les trahisons, les égos, les mensonges, les faux semblant, l’hypocrisie, la petite et la grande Histoire, des chocs et des rebondissements, tous les ingrédients y étaient. Les personnages et le côté « cour » qui entouraient la Secrétaire générale m’ont aussi fasciné et m’ont donné une matière narrative incroyable. Et tout ça ne pouvait bien se raconter qu’avec le décalage qu’offre la bande dessinée, il me semble. Ce que je trouve formidable, c’est qu’elle permet d’aborder des choses complexes sans trop se prendre au sérieux. C’est une forme journalistique très complète, proche du documentaire en fait. Un vrai bonheur.

Tu choisis d’adopter un ton assez humoristique. Les situations étaient naturellement cocasses ou c’est ta façon habituelle de voir les choses ?

Bertin : Je ne suis pas quelqu’un de drôle, à la base, c’est l’histoire et les personnages de cette saga qui l’étaient. Je n’ai fait que décrire une réalité, des situations drolatiques et dramatiques à la fois. Le dessin de Paul Gros traduit cela merveilleusement bien. Cela dit, après un certain âge, notre regard sur l’actualité, sur le monde est de moins en moins noir et blanc, il est plus gris, donc plus nuancé. L’humour et la légèreté sont de merveilleux antidotes pour ne pas sombrer dans le cynisme. La BD peut sauver le monde je crois… 

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Paul, comment es-tu arrivé sur ce projet ?

Paul : Une connaissance commune a montré à Bertin mes dessins. Ce dernier cherchait quelqu’un pour mettre en image son scénario et, par chance, il a aimé mon trait. Une occasion en or de passer aux choses sérieuses puisque ce scénario était déjà signé.

Cela faisait pas mal de temps que j’envisageais de passer à la bande dessinée (un certain nombre de scénarios, planches et story-boards encombrant mes étagères et cartons à dessins me le rappellent régulièrement…), alors je n’ai pas hésité longtemps. 

N’est-ce pas effrayant de commencer par un ouvrage aussi long et aussi documenté ?

Paul : En fait, cela importait peu. Ce qui comptait, c’était de pouvoir enfin me lancer en sachant qu’un scénariste et un éditeur attendaient ma production et que, par conséquent, le projet irait jusqu’à son terme. Je n’avais que très peu entendu parler de la Francophonie et encore moins de l’OIF ! Le scénario m’a pourtant tout de suite attrapé. Je me suis aperçu que travailler sur une histoire dont le thème m’est étranger n’est pas du tout rédhibitoire si le contenu narratif, les événements qui structurent le récit sont captivants. Et c’est le cas avec le scénario de Bertin. La géopolitique, la diplomatie, l’international et l’oppression médiatique… Du pur exotisme pour moi ! Sauf que les personnages et les situations dans lesquelles ils sont plongés sont vraiment prenants. L’écriture de Bertin (pleine de recul et d’humour retenu) a joué un grand rôle. Elle suggérait, laissait filtrer le ressenti de l’auteur quant aux événements, sans imposer la façon de les montrer. Chaque phrase contenait ce qu’il fallait pour déclencher une image. C’était fluide… 

Bertin et Paul, quels sont vos futurs projets ?

Bertin : Pour ma part je travaille sur deux autres projets, toujours avec La Boîte à Bulles. L’un sur l’itinéraire d’un jeune guinéen parti de son village natal à l’âge de douze ans pour pouvoir aller à l’école, miraculeusement arrivé à Grenoble et sauvé par une série de hasards et surtout une très belle chaîne de solidarité, après avoir traversé les pires difficultés d’un voyage trop souvent mortifère.. Le second est une auto-fiction autour de mes expériences de grand reporter, depuis mes débuts au Canada en passant par l’ex-Yougoslavie, la Russie, le Rwanda, la Somalie, la RDC, la Palestine, Israël et la France, bien sûr.

Paul : Continuer de raconter des histoires ! Par le biais d’expositions de dessins et de gravures, comme c’est le cas depuis longtemps et, bien entendu, par  la bande dessinée. Un projet avec d’autres scénaristes devrait voir le jour à La Boîte à Bulles courant 2022-2023 et, en ce qui concerne notre collaboration avec Bertin, il est bien possible qu’elle ne s’arrête pas à Éléments de langage...