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Suite à sa participation au storyboard de « Every Thing Will Be Fine » de Wim Wenders, Stéphane Lemardelé a choisi de revenir sur le parcours du réalisateur et ses inspirations...

Scénario : Stéphane Lemardelé
Dessin : Stéphane Lemardelé

Témoignages - Documentaires
1 volume paru
histoires indépendantes

Dans " Le Storyboard de Wim Wenders ", il revient sur cette expérience, depuis le script, les repérages et prises de vue nécessaires à la confection du storyboard jusqu'au tournage des scènes sur lesquelles il a travaillé. C'est par ailleurs l'occasion pour lui d'expliquer les tenants et aboutissants du métier de storyboarder, et du rôle d'un storyboard dans la réalisation d'un film. Occasion également de mettre en avant le lien entre le septième et le neuvième art qui se trouvent, ici, intimement liés.

Outre la mise en lumière de ce métier de l'ombre, Stéphane Lemardelé met en images ses divers échanges avec Wim Wenders et lui donne ainsi la parole. Le réalisateur allemand revient à la fois sur son parcours - depuis ses débuts et périodes de vache maigres à Paris, où il a développé sa passion pour le cinéma, jusqu'à ses réalisations les plus récentes - mais aussi sur la démarche créatrice qui l'a guidé pour chacun de ses films.

"Le Storyboard de Wim Wenders" nous permet non seulement de comprendre le cheminement d'un réalisateur d'exception mais également de découvrir son approche théorique du cinéma et de l'image.

Liste des éditions

Le storyboard de Wim Wenders

Le storyboard de Wim Wenders

04 mai 2022
160 pages - 19.0 x 26,5 cm - Couleur
EAN 9782849534182
23,00 €


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Comment en es-tu venu à travailler pour Wim Wenders ?

Je suis admiratif de son travail et sa façon de créer depuis longtemps. En outre, j’avais eu la chance de rencontrer Wim
Wenders quelques fois alors que je travaillais aux relations
publiques pour le Festival de Nouveau Cinéma de Montréal
et que j’avais en charge d’organiser des soupers entre les invités pour qu’ils se rencontrent et échangent. je vous laisse imaginer ces tables formidables avec de tels convives et l’intérêt des discussions qui s’y tenaient…

Ainsi, quand la production de Every Thing Will Be Fine m’a appelé pour dessiner le storyboard de son prochain film, je n’ai pas hésité une seconde. Et cette expérience a profondément changé ma vie.

C’est finalement Wim lui-même qui m’a soufflé l’idée de ce roman graphique documentaire. Mais pour connaître cette anecdote, il faut lire la BD : c’est raconté dedans…

Le récit se déroule en 2014, sur le tournage de « Everything will be fine ». Pourquoi avoir attendu si longtemps pour faire cette BD ?

Déjà, la seule demande de Wim fut d'attendre que son film sorte avant de publier cette BD. Puis, la production a exigé que j'obtienne les autorisations de tous les gens qui apparaissent dans la BD. Il a fallu alors retracer tous les comédiens et les techniciens : le directeur photo belge, le maquilleur retourné en Californie, les deux preneurs de son suédois mais en tournage en Norvège, puis les vedettes comme James Franco ou Charlotte Gainsbourg… Ça a donc pris du temps, mais toutes et tous ont accepté avec plaisir.

Ensuite, j'ai joué de malchance. J'avais signé avec un éditeur parisien, mais ce dernier a fait faillite avant de me payer. Cela m'a demandé près d'un an pour récupérer mes droits auprès du tribunal, les avocats chargés de la liquidation ne voulant rien savoir de mon cas. Je demandais pourtant simplement d'annuler tout le contrat pour récupérer, non pas mon argent, mais au moins mes droits d'auteur et pouvoir proposer le projet à un autre éditeur. Ce qui fut fait auprès de Vincent Henry qui a trouvé le récit passionnant et a accepté de l'éditer. Mais la BD, elle, est prête depuis de longues années...

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Wim Wenders partage aussi facilement que tu le montres sa passion, ses points de vue avec ceux qui l’entourent ?

Oui, Wim est un être d'une extrême gentillesse, d'une culture phénoménale et d'une belle sensibilité. J'espère que ça transpirera dans la lecture de notre BD. C'est souvent les plus talentueux qui sont les plus généreux. Pour lui, « ignorer » est une chance car on peut alors encore apprendre… Ainsi, il partage ses connaissances, son savoir très facilement. Il m'a immédiatement ouvert son musée. Ce récit est donc basé sur des discussions que nous avons eues ensemble lors de la préparation du tournage, exactement comme c'est raconté. Puis, j'ai plongé ensuite dans ses films, ses livres, ses entrevues et ses conférences qu'il donne à travers le monde. J'ai ainsi approfondi nos propres entrevues pour aller plus loin dans la découverte et l'analyse de son travail.

Wim Wenders a-t-il lu ta BD ? Si oui, quel regard porte-t-il sur elle ?

Oui, il fut d'une patience généreuse et d'une écoute formidable. Il a lui-même replongé dans toutes ces réflexions artistiques et me proposaient des retours constructifs. J'ai donc complété nos propres entrevues avec tout ce matériel que je lui ai fourni en un scénario. Il a alors relu le tout, corrigé, modifié certaines réflexions qui ont évoluées avec le temps, tout en restant fidèle à la même démarche artistique. Sa toute première réaction quand je lui ai présenté les 1ères pages couleurs fut littéralement : "J'aime vachement ! Que veux-tu que je fasse, comment je peux t'aider ?" Outre la connotation me rappelant ma Normandie natale, ça m'a rassuré et je suis encore sous le charme d'un tel créateur qui répond aussi simplement et propose spontanément son aide.

Cette BD comporte des photos… Cela n’a pas été trop compliqué d’obtenir les droits ?

Là, c'est Alex Lecocq qui a fait le parcours du combattant. Heureusement, j'avais au fur et à mesure débroussaillé le terrain pour avoir au moins les noms des détenteurs de ces œuvres. Et on a appris beaucoup encore. On a compris qu'aux Etats-Unis, même quand un artiste est mort depuis plus de 70 ans et qu'il n'a pas de descendant, il faut tout de même s’acquitter des droits d’auteurs… Sans oublier le Musée qui détient le tableau et le photographe qui l'a prise en photo… Vous comprendrez qu'on a donc été contraints d'interpréter en dessin ces certaines œuvres majeures plutôt que de les présenter en photo.

À contrario, le Musée Mauritshuis à de La Haye au Pays-bas, nous a simplement demandé de bien les mentionner aux crédits. Ils nous ont même envoyé une image d'une qualité incroyable, grande comme un poster, de la Jeune fille à la perle de Vermeer. On fait face à deux cultures bien différentes.

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Tu continues à travailler pour l’audiovisuel ou tu te consacres entièrement à la BD ?

Ce projet a changé ma vie et je suis heureux de pouvoir enfin le partager. Je continue effectivement de travailler pour le cinéma, mais de façon sporadique. Travailler sur ce film puis réaliser ce roman graphique m'a permis de plonger dans l'univers de la bande dessinée – rêve d'enfant que je pensais complètement irréaliste. Avec la La Boîte à Bulles, je me dois aussi de remercier le Conseil des Arts et Lettres du Québec qui subventionne mes projets.

Depuis ce tournage, j'ai réalisé Le nouveau monde paysan au Québec. Je dessine actuellement, toujours pour la La Boîte à Bulles, une adaptation de Pascal Bresson sur la vie de Simone Veil et de sa sœur. Je termine aussi un scénario avec un historien. On y suit des femmes hors du commun de ma région d'adoption au Québec, dont Queen Lil qui tenait un bordel avec une porte aux Etats-Unis et une autre au Canada en pleine Prohibition…

Bref, je travaille désormais essentiellement en narration graphique, pour utiliser un terme plus large que la BD, vu que je développe aussi nombre de projets plus locaux avec un impact social, mais toujours liés au besoin de raconter des histoires en dessin. J'apprends et c'est ça que je veux faire quand je serais grand !