Prison

Fabrice Rinaudo, Sylvain Dorange, Anne Royant & Rosanna Lendom

Auteurs :
Fabrice Rinaudo (Scénario)
Sylvain Dorange (Dessin)
Anne Royant (Dessin)
Rosanna Lendom (Préface)
Date :
12 oct. 2022
Format :
80 pages - Couleur
22.0 x 29.0 cm
ISBN :
9782849534458
Prix :
18,00 €

Prison

Fabrice Rinaudo, Sylvain Dorange, Anne Royant & Rosanna Lendom

Interview

Alors que de plus en plus de voix s’émeuvent de voir que notre système carcéral dysfonctionne, Fabrice Rinaudo, Sylvain Dorange et Anne Royant livrent avec Prison, une BD docu-fiction dans laquelle il raconte le quotidien sordide de ceux qui évoluent  au sein de cette micro-société en vase-clos.


Fabrice, vous avez écrit ce scénario à la suite d’une conversation avec une avocate. Tous les personnages proviennent-ils des récits qu’elle vous a transmis ou en avez-vous créé de toutes pièces ?


Fabrice : Le point de départ a effectivement été une conversation avec une avocate préoccupée par le droit des prisonniers en France.
Aucun personnage ne provient directement de son témoignage, qui était plutôt porté sur les aberrations du système carcéral, les conditions de détentions en général. Partant de là, j’ai fait un gros travail de recherche documentaire (livres, témoignages, reportages vidéo, rapport annuel de l’OIP, etc.), pour nourrir les thèmes abordés : surpopulation, absence de droit de travail en prison, difficultés d’accès au soin, suicide…
Ensuite sont venus les personnages. Certains d’entre eux sont issus es échanges que j’ai eus avec deux psychologues travaillant en prison : Patrick et le psychiatre/violeur. Pour Guy (braqueur) et Hassan (cambrioleur) je me suis inspiré d’une seule et même « véritable » personne.
D’autres ont été créés de toutes pièces, mais basés sur le travail de recherche.




Qu’est-ce qui vous inspire dans l’univers carcéral ? 
Cela témoigne-t-il d’un engagement citoyen ?


Fabrice : Ce qui est certain, c’est qu’absolument tout de cet univers peut inspirer, dans le sens où tout est à remettre en question. Car l’institution prison ne fonctionne pas.
La manière dont les gens sont traités se rapproche plus de la déshumanisation qu’autre chose.
C’est cette volonté de témoigner de cette horreur qui m’a motivé. 
La représentation d’un détenu dans l’imaginaire collectif n’est pas « belle ». La prison, c’est l’exclusion de la société, rien à voir avec la mission de réinsertion présentée dans les discours officiels. J’ai conçu ce livre comme la description d’une réalité sociale qu’on connaît peu.
C’est pourquoi je pense qu’à la manière de certains polars, ce texte se lit comme un roman noir. Déconstruire les préjugés en question en montrant la réalité, c’est sûrement là qu’intervient l’engagement citoyen…


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Sylvain, vous avez illustré plusieurs ouvrages à La Boîte à Bulles. Tous ces projets sont liés par leur dimension biographique. C’est ce qui vous a poussé à accepter celui-ci ?


Sylvain : L’avocate en question est une amie commune, qui voulait que la vérité soit faite sur ce qu’il se passe dans les prisons. Sachant que je faisais des BD engagées à La Boîte à Bulles, elle m’a proposé d’en faire une sur ce sujet, avec de la documentation qu’elle pourrait me donner. J’étais emballé par le projet et j’ai tout de suite pensé à Fabrice pour scénariser la BD. Nous avions quelques projets de séries noires, ce qui collait assez bien à l’univers carcéral.


Sylvain, Anne, les illustrations sont faites à quatre mains, pourquoi avoir choisi de procéder ainsi ?  Qu’est-ce qui vous a poussé à former cette équipe ?


Sylvain : Nous travaillons avec Anne depuis plusieurs années à quatre mains pour le dessin, et quelques fois à deux cerveaux pour le scénario. Ici, nous voulions que la prison soit un personnage à part entière, il lui fallait un corps, une âme. Comment aurait-il pu être mieux incarné que par le dessin de Anne, si particulier ?


Anne : Travailler à deux au niveau du dessin, l’un sur les décors, l’autre sur les personnages permet à chacun de se focaliser sur sa mission, d’aller plus dans le détail mais aussi d’avoir deux univers distincts, réunis ensuite par la mise en couleur. Je travaille au carbone sur papier, Sylvain à la palette graphique, le mélange de ces deux techniques est assez d’actualité, le charme du traditionnel réveillé par le dynamisme des nouvelles technologies…

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Pourquoi avoir incorporé des éléments fantastiques , cauchemardesques dans certaines scènes ?


Fabrice : Pour ma part, c’est simple : la prison est une réalité cauchemardesque, ou un cauchemar réel.


Anne : On s’est un peu projetés dans la tête de certains 
« prisonniers ». Leur privation de liberté et leurs manques de confort, d’affection, de vie de famille, de nature, de sexe, de tout en fait, ajoutés à la répétition des jours qui se ressemblent, aux maladies, aux prises de médicaments et autres drogues ; bref, ce grand bouillon de confusion devait générer pas mal de mal-être. Nous avons tenté de figurer ces perceptions brouillées dans des représentations un peu métaphoriques...